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L'époque archaïque

9e - 8e siècles av. J.-C.
© Hachette Livre et/ou Hachette Multimédia

Sommaire

 La Grèce des cités
 L'écriture alphabétique
 Les mutations de l'époque archaïque
 Les débuts de la monnaie
 La réforme hoplitique
 La crise agraire
 La naissance des régimes politiques

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Vase Michens (époque archaïque).
Musée d'Ephèse
La Grèce des cités
Les Grecs se caractérisent comme «ceux qui vivent en cités» , et Aristote généralise cette particularité historique en définissant l'homme comme un «animal politique». La cité, ou polis, est en fait une forme très particulière d'Etat. Elle est avant tout la communauté des citoyens qui la composent - ainsi, pour parler de Sparte, un Grec dit «la cité des Lacédémoniens» -, communauté cimentée par des cultes, régie par des lois qui lui sont propres et souveraine sur un territoire (8 400 km 2 pour Sparte, 2 650 km 2 pour Athènes, 880 km 2 pour Corinthe et, parfois, beaucoup moins). L'espace agricole (la chôra) entretient avec le centre urbain (l'asty) des liens étroits.  

Cependant, les régions du Nord, comme la Thessalie et la Macédoine, les montagnes de l'Ouest (Locride, Etolie, Acarnanie) et du Péloponnèse maintiennent longtemps des formes archaïques d'économie et de société. Mais l'Etat-ethnos - c'est le nom donné à ce type de communauté assez proche encore de l'organisation tribale - ne joue pas un grand rôle dans l'histoire avant l'époque hellénistique, et les Grecs du V e  siècle, «mangeurs de pains», tiennent ces peuples, «mangeurs de gland», pour des semi-Barbares.  

La «polis» archaïque
La polis archaïque naît de la réunion (synoecisme) d'un ensemble de villages suffisamment proches les uns des autres pour tirer parti d'une citadelle commune. Le phénomène religieux entre dans le processus de structuration de la communauté: entre 900 et 800; les offrandes commencent à affluer sur le site des futurs grands centres religieux de la Grèce: ceux de Samos, de Pérachora et d'Argos (voués à Héra); ceux d'Erétrie en Eubée, de Thermon en Etolie, de Délos et de Delphes (voués à Apollon) mais aussi d'Olympie et de Dodone (voués à Zeus) sont parmi les plus anciens sanctuaires. Le développement de ces cultes communs - qui seront bientôt ceux de la divinité protectrice de la cité - traduit bien le progrès de l'idée communautaire.  

La tradition grecque donne la date des premiers jeux Olympiques (776) comme marquant le début du fonctionnement normal des cités, et c'est effectivement dès la première moitié du VIII e  siècle que s'organisent ces Etats qui, si primitifs soient-ils, témoignent déjà des fonctions embryonnaires de la cité.  

L'écriture alphabétique
L'écriture alphabétique est acquise par les Grecs pendant la même période. Empruntée aux Phéniciens, elle modifie profondément les «fonctions de la mémoire» dans la cité. L'écriture accompagne et facilite la formation de l'Etat et le développement de ses institutions: un des textes de décret les plus archaïques que nous possédions (VII e  siècle) provient de Drêros, en Crète; il porte déjà la formule «la cité a décidé».

Au-delà de la diversité des situations, que l'histoire ne fera qu'accentuer, la cité grecque, dès ses débuts, possède ses caractéristiques propres: une prééminence reconnue du facteur politique, un partage des responsabilités entre les citoyens, plus ou moins égaux devant les instances délibératives et exécutives de l'Etat; et par conséquent l'accès aux charges et aux honneurs de la cité. Les Grecs, par opposition au reste du monde ancien, ont pleine conscience de l'unité profonde d'un système qui reste parfaitement original dans l'histoire.

Les mutations de l'époque archaïque
Lorsque la cité entre dans l'histoire, presque partout les rois ont disparu, et leurs attributions ont été réparties entre plusieurs magistrats (archontes, polémarque et éponyme, par exemple, à Athènes). Même les deux «rois» de Sparte sont plus des généraux et des prêtres que de véritables chefs politiques. La réalité du pouvoir est passée à de petits groupes de familles aristocratiques qui se qualifient eux-mêmes d'agathoi («les bons») ou d'aristoi («les meilleurs»), par opposition aux kakoi («les méchants»), c'est-à-dire les humbles, confusion révélatrice entre les sphères de la société et de la morale! Les aristocrates monopolisent la quasi-totalité de la terre et dirigent la cité, en partie dans le cadre des institutions officielles, en partie grâce aux liens familiaux qui les constituent en «haute société» et aux généalogies prestigieuses qui, leur donnant pour ancêtres des héros ou des dieux, leur confèrent une autorité intangible.  

Entre ces aristocrates et le reste de la population, plus ou moins intégrée à la cité (par le biais d'une assemblée du peuple sans grand pouvoir encore), les tensions, que certains facteurs d'évolution accentuent, se transforment bientôt en conflits ouverts.  

La colonisation devait avoir des conséquences capitales pour le développement des échanges en Méditerranée: les cités de la vieille Grèce ont besoin de métaux, de blé et, au fur et à mesure que s'accroissent les richesses, de produits de luxe pour l'aristocratie, ce qui entraîne un développement de l'artisanat.  

Les débuts de la monnaie
A la fin du VII e  siècle, les cités grecques d'Asie empruntent la monnaie aux rois lydiens, à la richesse proverbiale, et, au cours du siècle suivant, elle se répand dans toute la Grèce. L'absence de petit numéraire laisse à penser que la monnaie n'avait qu'un faible rôle à l'échelon du commerce local; en outre, l'aire limitée de circulation des unités monétaires propres à chaque cité - avant qu'Athènes, au V siècle, n'impose ses pièces d'argent frappées de son emblème, la chouette - interroge sur le rôle économique de la monnaie à ses débuts. Par ailleurs, la découverte de «trésors» de pièces fondues ou partagées semble indiquer que la monnaie a d'abord circulé comme objet d'échange (un poids d'argent estampillé, donc certifié) avant de devenir un étalon de commune mesure. Cette dernière fonction paraît d'ailleurs liée aux rapports nouveaux qu'instaure le développement de l'Etat (prélèvements fiscaux, fixation des amendes et des peines, rétribution de mercenaires étrangers, etc).  

La thèse classique veut que cette apparition de la monnaie ait développé une richesse mobilière entre les mains de commerçants ou d'artisans constituant bientôt une «bourgeoisie» capable de mettre en péril l'ancienne aristocratie. En réalité, cette nouvelle forme de richesse menace l'aristocratie de l'intérieur: une faille apparaît, en effet, entre des nobles attachés aux valeurs foncières et fermés à toute évolution économique et une aristocratie plus ouverte ( Solon en est, à Athènes, un excellent représentant) qui se lance dans le commerce et pactise avec la valeur nouvelle de l'argent.  
 

La réforme hoplitique
L'équilibre de la société aristocratique est également menacé par la réforme hoplitique. On appelle ainsi une modification fondamentale des conditions de la guerre: le rôle principal, jusque-là dévolu aux cavaliers (c'est-à-dire aux aristocrates, seuls capables de posséder des chevaux), passe à l'infanterie lourde, les hoplites. Ces derniers sont des hommes aisés puisqu'ils doivent fournir leur propre armure, leur casque à cimier et leur équipement (la longue lance, l'épée et le bouclier rond).  

Beaucoup viennent des couches moyennes de la population et sont un contrepoids en puissance dans les luttes politiques. La panoplie de l'hoplite fait son apparition dès le IX e  siècle (tombe d'Argos), mais le bouclier à double poignée semble plus tardif, et c'est au VII e  siècle seulement que les peintures de vases portent témoignage sur la nouvelle technique de combat: la phalange. Alors que le combat homérique- une somme de duels entre des héros - exaltait la bravoure individuelle, la formation de la phalange implique un combat collectif, en rangs serrés. Elle impose les principes de solidarité, d'égalité dans le rang et d'interchangeabilité. La défense de la cité et de son territoire cesse ainsi d'être le privilège d'une étroite aristocratie pour devenir le fait de tous, et le dêmos (le «peuple»), plus fortement intégré, va prendre conscience de ses droits et développer ses revendications.  
 

La crise agraire
L'évolution de l'art de la guerre rend moins justifiée et moins supportable la domination économique de l'aristocratie. Au moment même où cette dernière voit ses intérêts diverger, les tensions s'accroissent entre ceux que, en Béotie, Hésiode appelle les «gras» et les «maigres». Ces derniers, les paysans pauvres, ont vu les partages successoraux diviser encore un domaine déjà trop réduit. C'est à Athènes que nous connaissons le mieux ces problèmes agraires, auxquels Solon devait, provisoirement, mettre fin. La crise, cependant, paraît avoir affecté toutes les cités grecques au VIIe siècle. Le dêmos revendique la remise des dettes et un nouveau partage des terres (inspiré peut-être du modèle colonial). C'est de ces troubles mêmes que naissent les solutions politiques destinées avant tout à reconstituer la communauté de la cité en crise.

La naissance des régimes politiques
L'une des premières revendications du dêmos fut, dans de nombreuses cités évoluées, celle d'une législation soustraite à l'arbitraire des aristocrates, donc écrite. Ainsi s'explique le mouvement des législateurs qui prétendaient, par l'établissement de lois (nomoi), assurer le triomphe de la justice.  

Ainsi firent les aisymnètes (présidents de commissions juridiques) dans les riches cités grecques d'Asie Mineure (Epimènes de Milet, Pittacos de Mytilène ou Aristarque d'Ephèse), Charondas de Catane et Zaleucos de Locres en Occident, Dracon en 621 puis Solon au début du VI e  siècle à Athènes et, beaucoup plus tôt peut-être, Lycurgue à Sparte. Loi attribuée à ce dernier, la «grande rhêtra» (la Grande Loi), devait, pendant des siècles, fixer le destin d'une communauté élargie de citoyens - les «Egaux», ou plus exactement les «Pairs» - consacrant leur vie à la défense et à la politique de la cité pendant que des dépendants, les hilotes, cultivaient la terre civique et que les périèques s'autoadministraient aux marges de la cité.  

La tyrannie
Ailleurs, les troubles sociaux permirent à un homme seul, souvent appuyé sur le dêmos (le peuple), d'arracher le pouvoir à l'aristocratie et d'instaurer un régime fort. Le terme de tyrannie n'implique, à l'origine, aucun jugement de valeur sur l'exercice du pouvoir, mais qualifie simplement un pouvoir absolu, établi et maintenu en dehors de toute légalité constitutionnelle. Il n'y a pas de schéma unique de la tyrannie.  

Thucydide remarquait déjà un lien entre la tyrannie et l'accroissement des richesses dû aux échanges, et, à l'appui de sa démonstration, il citait Samos (avec son tyran Polycrate), Phocée (pour laquelle la tradition n'a pourtant conservé le nom d'aucun tyran) et Corinthe (avec les Cypsélides). L'exemple de Sicyone, avec la tyrannie des Orthagorides, montre comment peuvent intervenir également les facteurs ethniques, du moins avec Clisthène (grand-père du réformateur athénien), qui, à l'aube du VIe siècle, s'appuie sur le peuple dans sa lutte contre l'aristocratie.  

Aux confins du monde grec, enfin, il ne fait aucun doute que la menace des Barbares accroît le besoin d'un pouvoir fort. A Samos, Polycrate se veut ainsi le champion de la lutte contre les Perses, et, à Syracuse, la tyrannie des Déinoménides joue sur le danger indigène, et plus encore carthaginois. C'est le cas de Gélon, au début du V e  siècle, et, en 405, de Denys l'Ancien. Mais cette tyrannie des Déinoménides, d'ailleurs tardive, fait figure d'exception.  

Le tyran «démagogue»
Le tyran «démagogue» est, littéralement, le «chef du peuple», ce qui ne signifie pas qu'il soit un démocrate. Par contre, si les institutions ne sont pas modifiées (les postes clés étant occupés par des hommes liges), le tyran, pour avoir l'appui du peuple, doit prendre des mesures en sa faveur. Les activités agricoles, artisanales et commerciales sont encouragées, et la politique de grands travaux, systématiquement développée par les tyrans (aqueducs, fontaines, ports), accroît le bien-être dans la cité. Enfin, le développement de l'Etat avec des finances qui lui sont propres (perception de la dîme sur les revenus de la terre ou de taxes sur ceux du commerce), la politique de prestige (embellissement de la ville, cour brillante) et la multiplication des fêtes religieuses, cimentent l'unité de la communauté. D'autant que les cultes poliades sont renforcés d'éléments populaires.  

Une expansion de la cité correspond à la phase tyrannique (politique extérieure active, développement des échanges) et à un dynamisme accru du dêmos, en particulier du dêmos urbain. Dans le même temps, l'aristocratie, atteinte par le coup d'Etat que représente la prise du pouvoir par le tyran, est en perte de vitesse. Il ne faudrait pas croire, cependant, que la chute de la tyrannie se traduit partout par l'accession du dêmos au pouvoir. Les situations varient en fonction du temps et des cités. A Argos, après la tyrannie ancienne de Phidon, l'aristocratie récupère le pouvoir; à Corinthe, si les Bacchiades ne retrouvent pas leurs prérogatives, c'est une oligarchie modérée qui s'installe, où la richesse, bien plus que la naissance, détermine la participation aux affaires publiques; dans une grande partie de la Grèce, d'ailleurs, la lutte entre le petit nombre (les oligoi) et la masse (polloi) ne s'apaisera jamais de manière durable.  

Le «dêmos»
Rares sont les cités où, comme à Athènes, le dêmos conquiert réellement le droit de se diriger lui-même. Encore faut-il remarquer qu'une expérience semblable avait déjà été tentée: une inscription (dite «Constitution de Chio» et datée du milieu du VI
e  siècle) donne le peuple comme auteur de la loi constitutionnelle (rhêtra) gravée sur un cube de pierre fiché sur un pieu; ce qui permettait, en le faisant tourner, d'en consulter les quatre faces. L'assemblée du peuple se réunit à jours fixes, elle rend la justice, et ses représentants, les démarques, jouent un rôle dominant dans la cité aux côtés des «rois», vestiges d'une société aristocratique qui n'est plus maîtresse du pouvoir.  

Au-delà des facteurs d'évolution communs à toute la Grèce et de la crise, très générale, de la société aristocratique, l'époque classique s'ouvre donc sur une Grèce aux visages très variés.
 

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Chronologie de la Grèce antique
L'époque mycénienne et les siècles obscurs
L'époque classique
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