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Tocqueville, Alexis (de)

Paris, 1805 - Cannes, 1859
© Hachette Livre et/ou Hachette Multimédia


 


Alexis Charles de Tocqueville



Historien et homme politique français. Dans sa description des institutions du plus jeune Etat de son temps, les Etats-Unis, Charles Alexis Henri Clérel de Tocqueville s'est révélé comme l'un des plus grands penseurs politiques du XIX e siècle.

En définissant les conditions morales et intellectuelles du régime démocratique, où s'allient les vertus les plus contradictoires et les plus fondamentales de la vie en société - la liberté et l'égalité - il a proposé une vision prophétique de l'idéal politique pour les siècles à venir, et notamment le nôtre.



Un théoricien de la démocratie
Alexis Charles de Tocqueville naît à Paris le 29 juillet 1805 de Louise Rosambo, la petite-fille de Malesherbes - défenseur de Louis XVI - et d'Hervé de Tocqueville, qui doit fuir le Paris de la Révolution et s'installer à Malesherbes. Le jeune Alexis fréquente le collège de Metz, ville où son père est préfet en 1817. De 1820 à 1826, Alexis fait ses études de droit, puis il voyage en Italie de 1826 à 1827. Il est nommé juge auditeur à Versailles en avril 1827. Trop jeune pour être éligible, il opte pour une carrière de magistrat. Il a pour ami le fils d'une noble famille tourangelle, Gustave de Beaumont, avec lequel il restera lié toute sa vie.

En 1828, il rencontre Mary Mottley, une jeune Anglaise protestante, qu'il épousera à Paris en 1836. Il prête serment à Louis-Philippe, mais à contrecœur, car il est légitimiste. Il décide d'aller étudier le système carcéral américain, modèle possible pour remplacer le vieux système français: mais, en fait, comme le révèle sa correspondance, il entend examiner le système politique.  

Il s'embarque avec Beaumont au Havre en mai 1831. Ils vont séjourner à New York, Boston, Philadelphie et Baltimore, puis à Washington et de nouveau à New York. Ils feront deux excursions, l'une vers le nord-ouest et le Canada, l'autre vers le sud par le Mississippi. Les deux amis sont impressionnés par les libertés publiques et l'activité débordante des hommes.  

De retour en France, Beaumont et Tocqueville publient en janvier 1833 leur livre Du système pénitentiaire aux Etats-Unis et de son application en France. Après la parution de l'ouvrage, Beaumont est relevé de ses fonctions de substitut près le tribunal de première instance de la Seine; Tocqueville se solidarise avec lui et démissionne de son poste de juge suppléant.  

De retour d'un voyage en Angleterre, il s'installe chez ses parents, à Paris, pour rédiger De la démocratie en Amérique. Il déborde d'enthousiasme pour le système américain. Réservé vis-à-vis des partis, il constate qu'aux Etats-Unis ceux-ci ne remettent pas en cause le système lui-même; plutôt réticent à l'égard de la liberté de presse, il se montre désormais hostile aux procès de presse intentés en France; plutôt opposé à la liberté d'association, il est frappé par celle qui existe aux Etats-Unis, alors qu'en France les sociétés secrètes se multiplient. Paru en 1835, le livre connaît un immense succès.  

Beaumont et Tocqueville se rendent en Angleterre et en Irlande en 1835. En Angleterre, Tocqueville observe la progression du centralisme au profit du Parlement, et non de l'exécutif. Il entreprend la rédaction de la deuxième partie de son livre, mais l'interrompt pour écrire un Mémoire sur le paupérisme. Le seul remède au paupérisme, un phénomène dû, selon lui, à l'industrialisation, est la bienfaisance, en attendant le jour où «nos ouvriers acquerront des lumières» et où le gouvernement pourra favoriser les associations industrielles. Tocqueville commence un deuxième essai, l'Etat social et politique de la France avant et après 1789, mais il ne traite que la situation d'avant la Révolution.  

Tocqueville conforte désormais sa thèse: la justice de Dieu impose le progrès de la démocratie. Dans le deuxième volume, il cherche à définir ce que doit être la démocratie et à décrire les garde-fous que les Etats-Unis ont établis pour la protéger. La démocratie porte en elle un double risque, à savoir l'anarchie ou la servitude: la peur de l'anarchie conduit les gens d'ordre à se jeter dans les bras de l'autorité. La société démocratique laisse le citoyen ordinaire démuni face à l'Etat, et l'esprit égalitaire de la société démocratique conduit à la centralisation de l'Etat. De là vient le danger de despotisme. Tocqueville est frappé par la tradition révolutionnaire partout présente en Europe. Les tomes 3 et 4 de l'ouvrage De la démocratie en Amérique, parus en 1840, connaissent un succès moindre que les précédents.



L'homme politique
Tocqueville s'est présenté en novembre 1837 aux élections à Valognes, près de Cherbourg, où se trouve le château de la famille: il est battu. Quand Molé démissionne, en 1839, le roi prononce la dissolution de la Chambre; cette fois, Tocqueville sera élu.  

Il fait partie d'une commission pour l'abolition de l'esclavage, mais ses conclusions ne seront jamais discutées. Il entreprend un voyage en Algérie en 1841. Il approuve la colonisation tout en critiquant la politique administrative française. Egalement membre d'une commission parlementaire sur l'Afrique de 1842 à 1844 puis, en 1847, rapporteur d'une commission extraordinaire sur les crédits destinés à l'Algérie, il s'y montre soucieux du bien-être des indigènes. En 1842, il est élu au conseil général du département de la Manche.  

En janvier 1848, après avoir refusé de participer à la campagne des banquets, qui fera tomber le régime, il prononce le plus célèbre de ses discours à la Chambre, où il affirme: «Je crois que nous nous endormons sur un volcan.» En avril 1848, il est élu au suffrage universel à l'Assemblée constituante. Bien que particulièrement méfiant à l'égard des partis, il se range dans le clan réformiste, dit «gauche dynastique», d'Odilon Barrot. Appelé à siéger à la commission chargée de rédiger la nouvelle Constitution, il combat le socialisme, qui a pour lui trois principes: le culte de la jouissance, l'abolition de la propriété privée et la suppression de la liberté individuelle. Partisan du bicamérisme, il est pour l'élection du président de la République par le peuple. Le 13 mai 1849, il est élu à la Législative et entre dans le ministère Barrot aux Affaires étrangères. Mais en octobre il est démis par le prince-président, qui n'aime pas les fortes personnalités.  

Malade, il doit se reposer et commence ses Mémoires. En avril 1851, il est élu pour la troisième fois président du conseil général de la Manche. Arrêté lors du coup d'Etat du 2 décembre, il préside encore un conseil général en mars 1852; mais, apprenant qu'il faut prêter serment, il donne sa démission. C'est la fin de sa vie politique. Il se met à rédiger l'Ancien Régime et la Révolution, dont le début paraîtra en 1856. Il y juge la noblesse française, qui n'a pas su s'adapter comme l'avait fait la noblesse britannique: elle n'a pas réduit les impôts ni supprimé les charges. Surtout, elle a ignoré les paysans en s'installant dans les villes et à la cour, laissant le peuple seul face à l'arbitraire du pouvoir.  

En 1857, il voyage en Angleterre pour préparer une suite à l'Ancien Régime et la Révolution, mais n'a le temps que de rassembler des notes. En octobre 1858, il part avec sa femme pour Cannes; il meurt le 16 avril 1859, après une récidive de tuberculose. Sa dépouille mortelle est ramenée à Paris.  


Révolution et démocratie
Les idées de Tocqueville sont celles d'un grand libéral épris de justice et dont le souci est à la fois de rester fidèle à sa famille et à ses origines, et de rechercher constamment ce qui après la Révolution serait le régime le plus juste. Il a été toute sa vie marqué par l'horreur des révolutions et de toute forme de tyrannie.  

L'évolution sociale
Tocqueville part de l'idée selon laquelle le monde évolue spontanément vers l'inégalité des conditions. C'est pourquoi il n'y a dans l'avenir, selon lui, que deux gouvernements possibles: ou bien «un état de société dans lequel tout le monde prendrait plus ou moins part aux affaires», c'est-à-dire un Etat démocratique, ou bien la tyrannie, l'asservissement de tous à un seul, comme l'Empire en a donné un exemple.  

Pour remédier aux carences de sa vie politique, la France ne peut pas s'inspirer de l'Angleterre, où subsiste alors une forte aristocratie jouant un rôle considérable sur le plan de l'administration des affaires. Il convient donc de trouver une voie originale, en partant de la distinction entre démocratie et révolution. En cela, le modèle américain vaut la peine d'être étudié. Car, s'il faut à tout prix éviter une nouvelle révolution, l'apport de celle de 1789, en particulier l'œuvre des deux premières Assemblées - suivie certes de l'horreur des massacres et de la tyrannie - reste irremplaçable. La spécificité américaine réside dans le fait qu'aux Etats-Unis la démocratie règne dans la société civile comme dans le domaine politique, alors que la France ne connaît de démocratie que dans la société civile; le domaine politique y repose sur l'aristocratie.  

L'exemple américain
Tocqueville emprunte à Montesquieu le concept de caractère national: l'Angleterre est une nation ancienne, dont le régime repose sur l'aristocratie. Les Etats-Unis sont une nation neuve; en passant sur le nouveau continent, les Anglais ont perdu cet aristocratisme pour trouver ce qui va constituer le fond du caractère national américain: l'esprit calculateur, le goût de l'argent, l'orgueil de la réussite. La grande valeur des Etats-Unis par rapport à l'Angleterre et par rapport à la France, c'est qu'ils représentent une révolution démocratique radicale sans violence.  

Ce pays neuf, dans lequel tous les immigrants sont traités de façon égale, a créé un idéal national où chaque individu est en compétition avec les autres. Nombreux sont ceux qui y arrivent avec l'horreur de la servitude presque partout présente en Europe. Le rapport maître/serviteur, s'il existe comme partout ailleurs, repose sur un contrat accepté, et non sur la naissance. C'est ce que Tocqueville appelle «égalité des conditions». Or celle-ci, qui est le fondement de la démocratie, n'est pas, en termes historiques, «nécessaire»; il faut qu'il y ait une volonté humaine d'y arriver, et surtout une volonté sociale.  

L'égalité des conditions n'est d'ailleurs pas un but absolu, garantissant la survie des autres valeurs, en particulier celle de la liberté: Tocqueville n'est pas un inconditionnel du système américain - la démocratie comporte en effet un risque permanent, celui de la tyrannie de la majorité. Mais s'il explique constamment les risques que court la société américaine entre la liberté et la démocratie, il propose moins une analyse sociologique qu'un discours moraliste, en insistant sur le fondement originellement religieux, la croyance profonde et la pratique individuelle de la religion chrétienne (protestante): il met donc en évidence le caractère fragile du système dont le dynamisme, dû au respect des libertés civiques, est une source de transformations imprévisibles. A la différence des politologues modernes qui se gardent de se prononcer sur les divers aspects des sociétés qu'ils tentent de décrire de manière totalement objective, Tocqueville prend parti. Il observe et juge, suivant par là l'exemple d' Aristote et, surtout, de Montesquieu.  

Eloge de la liberté
Tocqueville a en fin de compte fait davantage œuvre d'historien et de politologue que d'homme politique. Il cherche à comprendre pourquoi la France a tant de difficultés à devenir une société libre et démocratique, alors qu'elle aurait pu, à ses débuts, prendre une forme non violente. Il estime que l'aspect négatif de la Révolution réside dans le fait d'avoir «considéré le citoyen d'une façon abstraite», se rapprochant en cela de la religion, qui considère l'homme hors tout contexte historique et social. En fait, c'est bien de toute révolution que Tocqueville se montre l'ennemi, dans la mesure où la révolution conduit à la tyrannie et à la guerre.  

L'autre ennemi de la démocratie, la centralisation administrative, n'est pas l'œuvre des seuls Jacobins et autres agents impériaux du pouvoir politique. La Révolution et l'Empire ne sont pas seuls en cause. Un changement profond avait surgi bien avant 1789: la centralisation et l'uniformité administrative, commencées sous Louis XIV. Dans la France postrévolutionnaire, tout a pris un tour plus radical encore. D'autre part, Tocqueville fait un tableau sociologique de la société de l'Ancien Régime, et de celle qu'il connaît, en contrepoint de la société de l'époque.  

Devant un pouvoir centralisé, la société est en quelque sorte «éclatée». Les ordres qui la composent sont uniformisés, hiérarchisés par les privilèges au sens large (position sociale, revenus), mais ils ne s'interpénètrent plus depuis longtemps. Tocqueville impute sans hésiter à la royauté elle-même cette cassure entre les classes sociales. Il évoque avec nostalgie la Constituante. Il aurait souhaité qu'elle perpétue le système monarchique, qui aurait pu évoluer vers plus de liberté, et qu'elle sauvegarde la continuité de l'Etat, seul capable de garantir la légalité - autant de principes mis en cause par la révolution.  

La pensée de Tocqueville a évolué entre la première partie de la Démocratie, publiée en 1835, et l'Ancien Régime et la Révolution, publié en 1856. Il avait d'abord cru que les institutions étaient le produit des mœurs et des idées du temps; puis il affirme qu'elles ont une vie autonome.

Certaines pages de ses Souvenirs montrent le pessimisme d'un homme qui a vu Février 1848 et le 2 Décembre: «Et voici la Révolution française qui recommence, écrit-il, car c'est toujours la même.» Pour lui, la France menace l'Europe. Il résume sa pensée politique par l'opposition de deux concepts: celui de démocratie, dont l'Amérique donne un exemple, et celui de révolution, une tare française.  

L'homme politique qu'a été Tocqueville est aussi seul que l'a été le penseur : séparé des légitimistes, qu'il suspectait, et des orléanistes, qu'il méprisait, il est entré en politique dans une république naissante, laquelle l'a très vite chassé sous la menace d'un tyran qui frappait à sa porte. Il demeure un penseur exemplaire par son esprit autonome et par la lucidité avec laquelle il a analysé une époque menacée par le despotisme.

 
Pour en savoir plus
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